Le retour d’un dinosaure

Cauchemar pour les mouvements sociaux: João Alves Filho est de retour…

30 ans après… João Alves Filho (DEM, parti des Démocrates, en coalition avec notamment le PSDB, Parti social-démocrate brésilien) a été élu, le 7 octobre dernier, préfet de la ville d’Aracaju avec 52,72% des voix. Son concurrent, le jeune (31 ans) député fédéral Carlos Valadares Filho (PSB, Parti socialiste brésilien, soutenu par une large coalition menée par le PT, Parti des travailleurs ainsi que par le préfet sortant, Edvaldo Nogueira, PCdB, Parti communiste du Brésil), obtenait 37,62% des voix. Vera Lucia, syndicaliste du PSTU (Parti socialiste des travailleurs unifié, allié au PSOL, Parti socialisme et liberté et au PCB, Parti communiste brésilien) terminait troisième avec 6,68% des voix.

João Alves (71 ans) est un dinosaure de la politique. Il a été préfet pour la première fois de 1975 à 1979, avec l’appui du régime de la dictature militaire. Il a ensuite gouverné l’Etat de Sergipe de 1983 à 1987, 1991 à 1994, 2003 à 2006. De 1987 à 1990, au sortir de la dictature militaire, il était ministre de l’Intérieur du président José Sarney. En 2006 et 2010, il perdait deux fois l’élection au poste de gouverneur face à Marcelo Deda (PT, Parti des travailleurs).

João Alves symbolise les forces les plus conservatrices et brutales de la société brésilienne: grand propriétaire terrien (tout comme son vice-président Carlos Machado, du PSDB), à la tête d’une entreprise de construction (Construtora Alves), poursuivi mais jamais condamné pour de multiples affaires de corruption et détournement de fonds publics, João avait pour habitude d’envoyer les troupes de choc de la Police militaire déloger brutalement les campements du Mouvement des sans-terre et  les bulldozers écraser leurs baraques. Dans la région semi-aride (Sertão), João (« O negão », comme il aime à s’appeler) avait créé un corps de police spécial – qui n’hésitait pas à assassiner des paysans – pour défendre les intérêts de ses amis grands propriétaires. Entre autres joyeusetés, João s’est fait connaître pour avoir organisé la déportation de mendiants vers des Etats voisins.

Pour les mouvements sociaux, son élection est un terrible recul. D’autant plus que, pour João, la préfecture n’est probablement qu’un tremplin vers le poste de gouverneur de l’Etat (élection en 2014).

L’élection de João Alves Filho est clairement l’expression d’un rejet de l’actuelle administration d’Edvaldo Nogueira (PCdB, en coalition avec PSB et PT notamment) à la préfecture, et de Marcelo Deda (PT) au gouvernement. Nombreux sont les membres de la fonction publique, dont les grèves ont été traitées avec la plus grande intransigeance par Deda e Nogueira, qui ont voté João Alves par  protestation. Nombreux sont aussi les habitants des quartiers pauvres, sans infrastructures, qui ont voté João par lassitude – fatigués d’attendre des améliorations dans la périphérie, alors que la construction d’immeubles de luxe explose dans toute la ville – le slogan de la campagne de João était « Aracaju ne peut plus attendre ».

Quand les administrations « de gauche » ne changent pas la vie du peuple, elles peuvent faire le lit des forces les plus conservatrices…

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