« Les prochaines décennies, le Brésil sera le plus grand producteur de produits agricoles de la planète ». Et ses habitants?

Assentamento Adão Preto, Sergipe, Brésil

La citation est de la présidente brésilienne Dilma Rousseff. Dans un article écrit pour l’hebdomadaire « Carta Capital » (3 octobre 2012), la présidente décrit le Brésil comme elle l’imagine en 2030: « un des pays les plus développés et les plus démocratiques du monde, juste et moins inégalitaire, comme jamais il ne l’a été dans son histoire ». Plus loin, la présidente affirme que « le Brésil alimentera le monde, en tant que plus grand producteur de produits agricoles de la planète ».

La phrase souligne  une des options prises par le gouvernement Dilma – et celui de son prédécesseur Lula:  le développement du secteur de l’agronégoce comme fer de lance de la croissance économique. Le secteur représentait 22,74% du PIB brésilien en 2011 (Folha de São Paulo, 15 mars 2012) – avec l’activité économique de la minération, il pesait 52% de la balance commerciale  (Folha de São Paulo, 20 janvier 2012). En 2011, les entreprises de l’agronégoce ont touché 84% des crédits destinés par le gouvernement à l’agriculture – alors qu’elles ne produisent qu’environ 30% des aliments consommés dans le pays.

La présidente Dilma pourrait lire une récente étude de l’Université de São Paulo, rapportée par le journal économique Valor Economico (27 septembre 2012). L’étude a examiné les conséquences de l’avancée de l’agronégoce dans l’Etat de São Paulo entre 1990 et 2008. Selon ses auteurs, « les villes de l’Etat qui ont connu une forte expansion de l’activité agricole entre 1990 et 2008 ont aussi connu une augmentation de la pauvreté relative et des conflits liés à la question agraire ». Pour le géographe Tiago Avanço Cubas, auteur de l’étude: « Cela confirme le fait que ce mode de production concentre la prospérité  dans les mains d’un petit nombre, créant de l’autre côté  un nombre toujours plus grand d’exclus ».

Tiago Avanço Cubas prend l’exemple de Ribeirão Preto, un des principaux pôles de l’agronégoce dans le pays: « La municipalité a vécu de 1990 à 2008 une croissance désordonnée (…) qui a eu pour conséquence l’intensification du nombre de logements précaires » – Ribeirão Preto compte 26 favelas, qui sont presque toutes nées durant les 20 dernières années…

Le « Brésil plus juste » risque d’avoir de la peine à se conjuguer avec le « Brésil, grenier du monde ».

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