Brésil sans misère?

L’assentamento Emilio Maria, dans la municipalité de Porto da Folha (Etat de Sergipe).

Voilà à quoi ressemblent de plus en plus d’assentamentos – terres désappropriées par le gouvernement et remises à des familles de paysans sans-terre désireuses de les cultiver – au Brésil: à des campements de maisons faites de de bois et des bâches, où tout manque encore: eau courante, crédits pour construire de vraies maisons, égoûts, installations sanitaires, liaisons électriques, crédits pour pouvoir produire, etc.

Les 20 familles de l’assentamento Emilia Maria, situé à une trentaine de kilomètres de la ville de Glória, dans la région semi-aride de l’Etat de Sergipe, ont officiellement reçu, il y a près de deux ans, le titre de propriété de la terre – laissée improductive par un fazendeiro, grand propriétaire terrien – qu’elles occupaient depuis dix ans. Une grande victoire après une terrible attente de dix années.

Mais près de deux années plus tard, les conditions de vie restent trop semblables à celles de l’époque où le campement du MST était considérée  illégal par le gouvernement. Une situation qui se répand de plus en plus dans les assentamentos conquis par les sans-terre. L’accès aux infrastructures de base et  au crédit indispensable pour démarrer la production traînent durant des années. Après avoir attendu la terre, les familles continuent à attendre… Certaines se découragent.

De quoi grincer les dents, alors que la présidente Dilma Rousseff affirmait en début d’année, pour justifier son « oubli » de la réforme agraire, qu’elle voulait d’abord améliorer la productivité et les conditions de vie dans les assentamentos existants.

Dans les faits,  le « développement » des assentamentos, qui devrait être l’objet de politiques publiques, est de plus en plus intégré aux programmes d’assistance du gouvernement (les différentes « bolsas« ), qui touchaient plus de 50 millions de Brésiliens en 2011 – sur une population de 193 millions d’habitant-e-s. Les « kits productifs » destinés aux petits agriculteurs font désormais partie du programme d’assistance « Brésil sans misère », tout comme, ici dans le Sertão, les aides à la lutte contre la sécheresse – la présidente vient de créer une « bourse sécheresse » (bolsa seca).

Pendant ce temps, les firmes de l’agronégoce avancent. Sur la route qui mène à Gloria, les champs de maïs sont annoncés par des plaques de différentes couleurs. Elles mentionnent le nom des firmes productrices des semences transgéniques qui ont été plantées. La transnationale suisse Syngenta fait partie du lot.

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