“Le gouvernement Dilma a abandonné la reforme agraire” – Vers le 6e Congrès national du MST!

GEDSC DIGITAL CAMERAInterview d’Alexandre Conceição, membre de la direction nationale du MST, par Iris Pacheco, publiée sur le site du MST le 28 août 2013.
Un jour auparavant, une réunion élargie de la coordination nationale du MST, réunissant 280 militant-e-s, définissait le thème du 6e Congrès du MST, qui se tiendra au mois de février 2014 à Brasilia : «Lutter ! Pour une réforme agraire populaire !» Le Congrès aura pour objectif de débattre du programme et de la stratégie du MST dans un contexte marqué par l’offensive du capital sur les terres au Brésil (avec un poids croissant des exportations de l’agronégoce dans l’économie brésilienne – 100 milliards de dollars pour la récolte 2012-2013, selon le quotidien Estado de São Paulo, 15 juillet 2013) et une concentration accrue des terres avec une augmentation, de 2003 à 2010, de 70,8% de la taille des grandes propriétés improductives .
Le MST compte 90 000 familles occupant, dans des conditions très difficiles, de grandes propriétés improductives à travers le pays (sur un total de 130 000).

Le gouvernement garde le silence sur la réforme agraire. Comment évaluez-vous cette position?
Le gouvernement Dilma a abandonné la reforme agraire. Ce faisant, il ne fait pas seulement preuve de lâcheté, il continue aussi une violation constitutionnelle – qui perdure depuis l’établissement de la Constitution – et qui s’est aggravée de manière critique dans la dernière période [Selon les articles 184 et 185 de la Constitution fédérale de 1988, une grande propriété laissée improductive est sujette à désappropriation, moyennant une indemnisation]. Cette position du gouvernement montre clairement son option en faveur de la grande propriété agricole (latifundio) et sa position d’otage de l’agronégoce.
Pourquoi le gouvernement ne désapproprie-t-il pas de grandes propriétés pour les consacrer à la reforme agraire?
Parce que le gouvernement parie sur l’agronégoce comme modèle de développement pour la campagne. Nous avons discuté avec le gouvernement, mais sans résultats concrets. Selon les données de l’Institut national de colonisation et réforme agraire (Incra), il y a actuellement plus de 180 millions d’hectares de terres classifiés comme grandes propriétés improductives dans le pays. Mais le gouvernement ne bouge pas pour favoriser la démocratisation de la terre. Nous n’avons rien obtenu, car le noyau central du gouvernement ne veut rien savoir de la reforme agraire. Chaque jour, de nouveaux actes et procédures bureaucratiques sont inventés, qui bloquent encore plus le processus. La réforme agraire dépend des désappropriations de grandes propriétés improductives, comme le détermine la Constitution.
Quel est le montant des financements publics que le gouvernement destine, respectivement, à l’agriculture familiale et aux grands propriétaires?
Le Plan pour la récolte 2012-2013 (Plano Safra) a destiné 21 milliards de reais à l’agriculture familiale. Un montant 16,6% plus élevé que celui de l’année passée, qui était de 18 milliards. 136 milliards ont été destinés à l’agronégoce, donc dix fois plus que pour l’agriculture familiale, qui produit pourtant 70% des aliments consommés dans le pays et crée neuf emplois par hectare.
En plus de cela, l’agronégoce, qui est complètement endetté, repousse le paiement de ses dettes au gouvernement brésilien, alors que les petits agriculteurs ont beaucoup de difficultés à renégocier leurs dettes avec les banques.
Les índices de productivité [utilisés pour déterminer si une propriété est considére comme improdutive, donc passible de désappropriation] sont-ils encore une entrave dans ce processus?
L’indice de productivité des terres au Brésil n’est plus actualisé depuis 1975 et continue à être un des plus bas d’Amérique latine. Durant ces trente dernières années, les campagnes ont connu de nombreux changements, et il est inconcevable de mesurer la production agricole actuelle à partir des critères de 1975.
Le gouvernement n’a pas eu le courage de revoir la question des indices de productivité. Cette révision, sans doute, représenterait un grand déblocage de la réforme agraire dans le pays.
Comment cette inefficacité de la réforme agraire se traduit-elle dans les campagnes?
Elle se reflète dans la violence qui sévit dans les campagnes. En plus d’être inefficace, nous nous trouvons face à un gouvernement de composition, y compris avec les grands propriétaires terriens. C’est pour cela que le gouvernement n’affronte pas leurs représentants et ne désapproprie par les terres pour les destiner à la réforme agraire.
Em l’absence d’avancées dans la démocratisation de la terre, le MST va intensifier sa lutte et occupera de grandes propriétés pour affronter l’offensive em cours contre les populations rurales.
Sous cet angle, le pouvoir judiciaire est devenu le principal complice des grands propriétaires: il est extrêmement rapide à criminaliser les Sans Terre mais, en même temps, garantit l’impunité aux crimes des grands propriétaires.
Que pensez-vous du discours du gouvernement selon lequel le pouvoir judiciaire bloquerait l’octroi de nouvelles terres pour la création de nouveaux assentamentos [communautés agricoles fondées sur des terres redistribuées par le gouvernement aux Sans Terre] en 2013?
En plus de garantir l’impunité des crimes dans les campagnes, le pouvoir judicaire bloque les processus de création de nouveaux décrets pour la désappropriation de terres. Sur les 523 procès en cours, 234 sont paralysés. Il est donc du devoir du gouvernement Dilma de travailler de manière concertée avec le pouvoir judicaire pour résoudre les impasses, qui laissent ces territoires dans une situation juridique indéfinie durant des années.
Quelle est l’importance de la réforme agraire pour la société ?
Actuellement, 85% des terres agricoles au Brésil sont destinées à la culture du soja, alors que l’agriculture familiale, qui occupe moins de 15% des terres agricoles du pays, est responsable de 70% de la production d’aliments pour la consommation interne.
L’agronégoce est simplement une forme d’appropriation du profit obtenu par le commerce de denrées agricoles, mais ne résout pas les problèmes de la population. Au contraire, il les empire, principalement en raison de l’utilisation de produits agrotoxiques et transgéniques, qui affectent la santé de la population brésilienne.
Ce modèle agricole ne profite pas au Brésil. Nous avons besoin d’un modèle qui garantisse la production d’aliments sains pour la société brésilienne, à un coût d’acquisition digne de ce nom. Cela permettra de créer des emplois et des conditions de vie saines, pour que la population rurale ne soit plus obligée d’aller vivre dans les marges des grands centres urbains.
Cela permettra de développer des techniques et d’augmenter la productivité et la production, sans détruire la biodiversité de la planète.
Le moyen de rendre effective la construction de ce modèle est le projet de Réforme Agraire Populaire, qui défend la désappropriation massive des terres improductives, et fait de l’agro-écologie sa base de développement pour les campagnes.
Dans cette conjoncture, comment le MST va-t-il agir dans la prochaine période?
Le MST va continuer à lutter et à occuper les grandes propriétés improductives, combattant la monoculture et luttant contre l’offensive du capital étranger dans l’agriculture brésilienne.
Le gouvernement doit modifier l’indice de concentration foncière dans le pays, au lieu d’investir dans des programmes de compensation qui ne font pas avancer la réforme agraire, et amènent les petits agriculteurs ayant gagné un lopin de terre (assentados) à un endettement chronique.
En même temps, nous allons réaliser des alliances qui consolident la construction du projet de Réforme Agraire Populaire pour le Brésil, et représente la nécessité d’un changement du modèle agricole de notre pays.
Il est nécessaire aussi de réorganiser le secteur des agro-industries, en le basant sur des coopératives, pas sur de grandes entreprises transnationales. Adopter la matrice technologique de l’agro-écologie, préserver l’environnemenent et freiner l’exode rural vers les grandes villes.

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